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La taxe sur les plus-values en Belgique : ce que ça change concrètement pour vous

Santangelo Initium 11 min de lecture

C’est officiel. Depuis le 1er janvier 2026, la Belgique taxe les plus-values réalisées sur les actifs financiers. Actions, ETF, crypto-monnaies, assurances-vie, or d’investissement : si vous vendez avec un bénéfice, l’État en prend une part. Cette taxe, votée le 3 avril 2026, est rétroactive au 1er janvier. À partir du 1er juin, les banques la prélèvent automatiquement. Voici tout ce que vous devez savoir, expliqué simplement.

C’est quoi une plus-value ?

Le concept est simple. Vous achetez un actif financier à un certain prix. Vous le revendez plus tard à un prix plus élevé. La différence entre les deux, c’est votre plus-value.

La plus-value en une image

Achat

1 000 €

Vente

1 500 €

=

Plus-value

500 €

C’est sur ces 500 € que la taxe s’applique. Pas sur le montant total.

Point important : tant que vous ne vendez pas, il n’y a pas de plus-value « réalisée ». Si votre portefeuille affiche +30 % mais que vous ne vendez rien, vous ne devez rien. La taxe ne se déclenche qu’au moment de la vente.

Qu’est-ce qui est taxé — et qu’est-ce qui ne l’est pas ?

La taxe couvre un large éventail d’actifs financiers. Voici ce qui est concerné et ce qui échappe à la taxe :

Taxé ✗

Actions (cotées ou non)
ETF et fonds d’investissement
Obligations et bons d’État
Crypto-monnaies, tokens, NFT
Assurances-vie (branche 21, 23…)
Or d’investissement
Produits dérivés (options, futures…)
Devises étrangères

Pas taxé ✓

Épargne-pension
Assurance-vie épargne-pension
Épargne à long terme (réduction d’impôt)
Assurance solde restant dû
Objets de collection (bijoux, art, vin, sneakers…)
Compte épargne classique

En résumé : si c’est un actif financier et que vous le vendez avec un bénéfice, c’est probablement taxé. Les exceptions concernent principalement l’épargne-pension et les assurances liées à une réduction d’impôt — des produits que l’État encourage et qu’il ne veut pas pénaliser.

Combien ça coûte ?

Pour la grande majorité des investisseurs particuliers, le taux est de 10 % sur la plus-value réalisée.

Mais vous ne payez pas dès le premier euro de gain. Il existe une exonération annuelle de 10 000 €. Concrètement : chaque année, les 10 000 premiers euros de plus-values sont exemptés de taxe. Ce n’est qu’au-delà que les 10 % s’appliquent.

Exemple concret

Plus-value réalisée en 2026

18 000 €

Exonération annuelle

– 10 000 €

Plus-value taxable

8 000 €

Taxe due : 800 € (10 % × 8 000 €)

Et il y a un bonus : si vous n’utilisez pas votre exonération une année, elle augmente. Chaque année où vous ne réalisez aucune plus-value, 1 000 € supplémentaires s’ajoutent à votre exonération, jusqu’à un maximum de 15 000 €. En clair, si vous n’avez rien vendu pendant 5 ans, votre exonération sera de 15 000 € l’année où vous vendrez.

Pour les couples mariés ou cohabitants légaux ayant investi à partir de leur patrimoine commun, chacun dispose de sa propre exonération. Soit potentiellement 20 000 € exonérés par an (voire 30 000 € après 5 ans sans utilisation).

La « photo » du 31 décembre 2025 : pourquoi cette date est cruciale

La taxe s’applique aux plus-values réalisées à partir du 1er janvier 2026. Mais que se passe-t-il si vous détenez des actifs depuis des années et qu’ils ont déjà pris beaucoup de valeur avant 2026 ?

Bonne nouvelle : les gains réalisés avant le 1er janvier 2026 ne sont pas taxés.

Pour faire la distinction, la loi prend une « photo » de la valeur de vos actifs au 31 décembre 2025. Cette valeur devient votre nouveau prix d’acquisition de référence. Seuls les gains réalisés après cette date seront taxés.

Comment fonctionne la « photo » du 31/12/2025

Achat en 2020

5 000 €

📸 Photo 31/12/2025

12 000 €

Vente en 2027

15 000 €

Gain avant 2026

7 000 € — PAS TAXÉ

Gain après 2026

3 000 € — TAXABLE

Pour les actifs cotés, c’est le dernier cours de clôture de l’année 2025 qui fait foi. Pour les actifs non cotés, des méthodes d’évaluation spécifiques s’appliquent.

Attention : si vos actifs étaient en moins-value au 31 décembre 2025 (ils valaient moins que ce que vous les aviez payés), vous pouvez encore utiliser votre prix d’achat réel comme référence — à condition de vendre avant le 31 décembre 2030 et de pouvoir prouver votre prix d’acquisition d’origine.

Les moins-values : vos pertes peuvent réduire votre taxe

Si vous vendez certains actifs avec un gain et d’autres avec une perte au cours de la même année, vous pouvez déduire les pertes des gains.

Exemple : compensation des moins-values

Vente actions société A

+20 000 €

de plus-value

Vente ETF obligations

-8 000 €

de moins-value

Plus-value brute20 000 €
Moins-value déduite– 8 000 €
Exonération annuelle– 10 000 €
Plus-value taxable2 000 €
Taxe due (10 %)200 €

La nature des actifs n’a pas d’importance : une perte sur des actions peut compenser un gain sur de la crypto, de l’or ou une assurance-vie. La seule condition : que les ventes aient lieu la même année.

Point crucial : les moins-values ne sont pas reportables d’une année à l’autre. Si vous perdez 15 000 € en 2026 et gagnez 15 000 € en 2027, vous ne pouvez pas utiliser la perte de 2026 pour annuler le gain de 2027. C’est un point souvent oublié qui peut influencer le timing de vos ventes.

Comment la taxe est-elle prélevée ?

C’est ici que ça devient pratique. Le système de prélèvement se met en place en deux temps :

Le calendrier du prélèvement

Jan → Mai

2026

Régime transitoire

La taxe s’applique déjà, mais les banques ne la prélèvent pas encore automatiquement. Deux choix : demander à votre banque de retenir la taxe rétroactivement (opt-in, à demander avant le 31 août 2026) ou déclarer vous-même les plus-values dans votre déclaration fiscale 2027.

Juin →

2026

Régime définitif

Les banques prélèvent automatiquement la taxe à chaque vente réalisée avec un bénéfice. Sauf si vous demandez un opt-out (avant le 31 août 2026) — dans ce cas, c’est à vous de tout déclarer.

Attention, deux points importants à retenir :

Les banques ne tiennent pas compte de l’exonération de 10 000 € lorsqu’elles prélèvent la taxe. Elles taxent chaque vente individuellement. C’est à vous de récupérer le trop-perçu via votre déclaration fiscale. Vous serez remboursé après réception de votre avertissement-extrait de rôle.

Les banques ne peuvent pas compenser les moins-values entre elles. Si vous avez des gains dans une banque et des pertes dans une autre, c’est à vous de faire la compensation via votre déclaration fiscale.

Et si vous investissez via un courtier étranger ?

Beaucoup d’investisseurs belges n’utilisent pas une banque belge pour investir. Ils passent par des courtiers étrangers — souvent moins chers et avec un accès plus large aux marchés. Les quatre plateformes les plus utilisées en Belgique sont DEGIRO, Trade Republic, Interactive Brokers et Revolut.

Si vous êtes dans ce cas, il y a une chose essentielle à savoir : les courtiers étrangers ne prélèvent pas la taxe sur les plus-values pour vous. Ils n’y sont pas tenus par la loi belge, et dans la grande majorité des cas, ils ne le feront tout simplement pas.

Concrètement, cela signifie que tout repose sur vous :

Courtier étranger : ce que vous devez faire vous-même

1

Tenir un registre de toutes vos transactions — chaque achat, chaque vente, avec les dates, les montants et les prix. C’est votre responsabilité, pas celle du courtier.

2

Calculer vous-même vos plus-values et moins-values — en appliquant la règle FIFO et en tenant compte de la photo du 31 décembre 2025 pour les actifs détenus avant 2026.

3

Déclarer vos plus-values dans votre déclaration fiscale annuelle — et payer la taxe après réception de l’avertissement-extrait de rôle.

4

Déclarer l’existence de votre compte étranger — auprès du Point de Contact Central (PCC) de la Banque nationale de Belgique, si ce n’est pas déjà fait. Cette obligation existe indépendamment de la taxe sur les plus-values.

Il n’y a aucune garantie qu’un courtier étranger vous fournisse une attestation fiscale compatible avec le système belge. Téléchargez et conservez vos relevés de transactions régulièrement.

La notion d’opt-in ou d’opt-out ne s’applique pas aux courtiers étrangers — puisqu’ils ne prélèvent rien du tout. Vous êtes automatiquement dans une logique de déclaration personnelle.

Ce n’est pas une raison de paniquer, ni une raison de quitter votre courtier. C’est simplement une responsabilité supplémentaire à intégrer dans votre routine. Et si la gestion vous semble complexe, c’est exactement le type de sujet qu’on peut clarifier ensemble.

La règle FIFO : l’ordre des ventes compte

Si vous avez acheté le même actif financier à plusieurs reprises (par exemple, des parts d’ETF achetées chaque mois via un DCA), la loi applique le principe « First In, First Out » : les premières parts achetées sont considérées comme les premières vendues.

Exemple FIFO

2026 — Achat de 10 actions X à 100 €/action
2027 — Achat de 20 actions X à 150 €/action
2028 — Achat de 70 actions X à 175 €/action

Fin 2028, vous vendez 25 actions à 200 €/action

Les 10 premières vendues = celles achetées à 100 € → plus-value de 100 € chacune

Les 15 suivantes = celles achetées à 150 € → plus-value de 50 € chacune

Plus-value totale : 1 750 €

Cette règle est importante pour les investisseurs qui pratiquent le DCA (investissement régulier chaque mois) : vos premières parts, achetées il y a longtemps et probablement à un prix plus bas, seront les premières à être taxées — et donc potentiellement avec une plus-value plus importante.

Un exemple complet pour tout comprendre

Mettons tout ensemble avec un cas concret :

Cas pratique — Année 2027

Un investisseur belge réalise les opérations suivantes en 2027 :

Vente d’un ETF S&P 500 +14 000 € de plus-value
Vente de crypto (Bitcoin) -3 000 € de moins-value
Vente d’actions individuelles +4 000 € de plus-value
Plus-values totales18 000 €
Moins-values déduites– 3 000 €
Plus-value nette15 000 €
Exonération annuelle (pas utilisée en 2026)– 11 000 €
Plus-value taxable4 000 €
Taxe due (10 %)400 €

L’investisseur n’ayant pas utilisé son exonération en 2026, il bénéficie de 11 000 € d’exonération en 2027 (10 000 € + 1 000 € de report). La perte sur la crypto compense une partie des gains sur l’ETF et les actions.

Ce que ça ne change pas

Une nouvelle taxe, ça fait toujours peur. Et dans les semaines qui ont suivi le vote de la loi, beaucoup d’investisseurs ont paniqué. Certains ont vendu en catastrophe. D’autres ont envisagé de tout déplacer à l’étranger.

Mettons les choses en perspective.

10 % sur les gains, c’est 90 % qui restent pour vous. La Belgique reste l’un des pays les plus favorables en Europe pour les investisseurs particuliers. Pendant des décennies, les plus-values n’étaient pas taxées du tout — c’était une exception mondiale. Même avec cette taxe, le régime belge reste compétitif par rapport à la France (30 %), l’Allemagne (26 %) ou les Pays-Bas (impôt sur le patrimoine).

L’exonération de 10 000 € protège la majorité des petits investisseurs. Si vous investissez régulièrement sans faire de grosses ventes, il y a de fortes chances que vous restiez sous le seuil la plupart des années.

L’investissement à long terme reste la stratégie la plus efficace. La taxe ne s’applique qu’au moment de la vente. Plus vous gardez longtemps, plus la composition travaille pour vous avant que la taxe n’entre en jeu. Ce n’est pas une raison d’arrêter d’investir. C’est une raison de le faire intelligemment.

La vraie question n’a jamais été « faut-il payer des impôts sur ses gains ? ». C’est « faut-il continuer à investir pour avoir des gains ? ». La réponse est oui.

Ce que vous devez faire maintenant

Concrètement, si vous êtes investisseur en Belgique, voici les étapes à suivre :

1. Vérifiez si votre banque vous a contacté. La plupart des institutions financières ont envoyé un message à leurs clients pour leur demander s’ils souhaitent activer le prélèvement automatique (opt-in) pour la période janvier-mai 2026, ou s’ils préfèrent déclarer eux-mêmes (opt-out).

2. Conservez vos preuves d’achat. C’est essentiel. Si vous ne pouvez pas prouver votre prix d’acquisition, la loi considère que ce prix est zéro — et vous seriez taxé sur la totalité du montant reçu, pas seulement sur le gain. Gardez vos relevés, vos confirmations de transactions, vos screenshots.

3. Notez la valeur de vos actifs au 31 décembre 2025. Si vous ne l’avez pas encore fait, demandez à votre banque ou courtier un relevé de votre portefeuille à cette date. C’est votre référence pour le calcul des futures plus-values.

4. Ne prenez aucune décision sous l’émotion. Vendre tout pour « échapper » à la taxe, c’est souvent la pire stratégie. La taxe est de 10 %. Les frais d’une mauvaise décision peuvent être bien plus élevés.

Si tout cela vous semble complexe, c’est normal — ça l’est. C’est exactement le type de sujet où un regard structuré et externe fait la différence entre une bonne et une mauvaise décision.


Besoin d’y voir plus clair sur l’impact de cette taxe sur votre situation ?

Cet article est publié à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement ni un conseil fiscal. Santangelo Initium ne recommande aucun produit financier et n’intervient pas comme intermédiaire. Pour une analyse personnalisée de votre situation fiscale, consultez un conseiller fiscal agréé. Les informations présentées sont basées sur la loi votée le 3 avril 2026 et le contenu explicatif publié par L’Écho. La loi n’a pas encore été publiée au Moniteur belge à la date de rédaction.

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