Il m’a appelé un lundi matin, à 8h15. Avant même de dire bonjour, il m’a dit : « Anthony, j’ai regardé mon portefeuille ce week-end. J’ai perdu 400 euros. Est-ce que je dois tout vendre ? »
Le réflexe que tout le monde a
Appelons-le Marc. Marc a 34 ans, un CDI, un couple stable, et depuis un an il a commencé à investir dans un fonds indiciel diversifié sur les marchés mondiaux. Il a placé 5 000 € au départ, puis 300 € chaque mois. Rien d’exotique, rien d’agressif. Une démarche réfléchie, construite ensemble.
Et puis il y a eu ce trimestre. Le conflit au Moyen-Orient, la flambée du pétrole, les marchés qui reculent. Marc a ouvert son application bancaire et a vu du rouge. Environ -4,6 % affichés sur son portefeuille. En euros, ça représentait à peu près 400 euros de moins sur les quelque 9 000 € qu’il avait accumulés au fil des mois.
Sa première réaction a été instinctive : vendre. Couper les pertes. Mettre l’argent en sécurité sur son compte épargne. Et oublier cette histoire d’investissement.
Ce réflexe, il est parfaitement humain. Et il est aussi parfaitement contre-productif.
Ce que j’ai répondu à Marc
Je ne lui ai pas dit « ne t’inquiète pas, ça va remonter ». Parce que je n’en sais rien, et personne ne le sait. Ce que je lui ai dit, c’est ceci :
« Marc, est-ce que ta situation a changé depuis qu’on a mis ce plan en place ? »
Son salaire ? Le même. Ses charges ? Les mêmes. Son horizon d’investissement ? Toujours 15 ans minimum. Son coussin de sécurité ? Toujours en place. Son objectif ? Toujours le même : se constituer un capital pour un apport immobilier dans quelques années.
Rien n’avait changé dans sa vie. La seule chose qui avait changé, c’était un chiffre sur un écran.
Tant que vous n’avez pas vendu, vous n’avez rien perdu. Ce n’est pas une phrase creuse. C’est un fait comptable.
La perte qui n’en est pas une
C’est un point que beaucoup de gens ont du mal à intégrer, et c’est normal. Quand vous voyez -400 € sur votre relevé, votre cerveau interprète ça comme une perte réelle. Comme si quelqu’un était venu prendre 400 € dans votre poche.
Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Vous détenez toujours le même nombre de parts. Ces parts valent temporairement moins cher sur le marché. C’est comme si votre maison était estimée à 250 000 € en janvier et à 240 000 € en mars. Vous n’avez pas perdu 10 000 € — vous vivez toujours dedans, et vous ne comptez pas la vendre demain matin.
La perte ne devient réelle que si vous vendez. Et c’est exactement ce que Marc s’apprêtait à faire : transformer une baisse temporaire en perte définitive.
Ce que l’histoire nous apprend
Je lui ai montré quelque chose de simple. L’année dernière, en 2025, le S&P 500 avait également chuté d’environ 4,6 % au premier trimestre. La panique était la même : tensions commerciales, incertitude politique, crainte d’un retournement. Et sur les neuf mois suivants, ce même indice avait rebondi de plus de 22 %.
Est-ce que ça se reproduira à l’identique en 2026 ? Personne ne peut l’affirmer. Mais le schéma n’est pas nouveau. Depuis 50 ans, les marchés ont connu des baisses de 5 % ou plus en moyenne trois fois par an. Et malgré ça, sur le long terme, la tendance est restée clairement à la hausse.
Je lui ai montré ce tableau. Six épisodes de panique boursière. Six fois où tout le monde voulait vendre. Et six fois où la patience a été récompensée.
S&P 500 — Chaque crise a été suivie d’une reprise
Toutes les barres partagent la même échelle pour une comparaison fidèle.
Source : FactSet, S&P Dow Jones Indices, Bloomberg — Données historiques du S&P 500 (Total Return). Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Le constat est toujours le même : ceux qui ont vendu pendant la panique ont cristallisé leur perte. Ceux qui n’ont rien touché ont vu leur portefeuille se rétablir, puis dépasser les niveaux d’avant la crise.
Le problème, ce n’est jamais la baisse en elle-même. Le problème, c’est la décision qu’on prend pendant la baisse.
Les trois questions à se poser avant de réagir
J’ai proposé à Marc un exercice tout simple. Avant de prendre une décision financière sous le coup de l’émotion, se poser trois questions :
1. Est-ce que ma situation personnelle a changé ? Si votre emploi, vos revenus, vos charges ou vos projets de vie n’ont pas bougé, il n’y a probablement aucune raison de modifier votre stratégie.
2. Est-ce que j’ai besoin de cet argent dans les 12 prochains mois ? Si la réponse est non, alors la fluctuation actuelle n’a pas d’impact concret sur votre quotidien.
3. Est-ce que je réagis à un fait ou à une émotion ? Le fait, c’est une baisse temporaire dans un marché qui fluctue depuis toujours. L’émotion, c’est la peur de perdre. Et la peur est rarement une bonne conseillère financière.
Marc a répondu « non », « non » et « une émotion ». Il a raccroché en souriant.
Ce qu’a fait Marc
Il n’a rien fait. Et c’est la meilleure décision qu’il pouvait prendre.
Il n’a pas vendu. Il n’a pas non plus acheté davantage pour « profiter de la baisse » — ce n’était pas le moment pour lui d’augmenter son exposition. Il a simplement continué son plan tel qu’il était prévu : un investissement régulier, chaque mois, sans essayer de deviner le meilleur moment.
Il a fermé son application bancaire et il est retourné vivre sa vie.
Et c’est exactement ça, une finance maîtrisée. Ce n’est pas suivre les marchés tous les jours. Ce n’est pas réagir à chaque soubresaut. C’est avoir un plan clair, adapté à sa situation, et s’y tenir quand les choses bougent.
La discipline financière, ce n’est pas de ne rien ressentir. C’est de ne pas agir sous le coup de ce qu’on ressent.
Et vous ?
Si vous avez ouvert votre application ces dernières semaines et que vous avez ressenti un pincement, vous n’êtes pas seul. C’est la réaction la plus naturelle du monde.
Mais avant de prendre une décision, posez-vous les trois questions. Revenez à votre plan. Et si vous n’avez pas de plan, ou si vous n’êtes pas sûr qu’il tient toujours la route, c’est peut-être le bon moment pour en parler avec quelqu’un qui peut vous aider à y voir clair.
C’est exactement ce que nous faisons chez Santangelo Initium : nous ne décidons pas à votre place, nous vous aidons à prendre du recul pour que vous puissiez décider en toute clarté.
Envie de faire le point sur votre situation ?
Marc est un personnage fictif inspiré de situations réelles rencontrées en accompagnement. Cet article est publié à titre éducatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Santangelo Initium ne recommande aucun produit financier et n’intervient pas comme intermédiaire.
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